En direct du studio le plus cher à mon cœur.

19 février 2017, 01:19 du matin, Lyon. Quel meilleur moment, en rentrant d’une soirée arrosée, pour écrire un billet de blog. Rien ne me pressait pourtant. Peut-être que c’est justement dû à mon état qui me rend bavard, ou peut-être suis-je devenu si accroc au « travail » que j’agis par automatisme.

Nous sommes sur mon blog. Un blog que je n’alimente presque jamais. Habituellement, mon moyen de communication reste la vidéo, ou les brefs tweets. Ce blog c’est un peu mon appendice. Il est inutile, mais il est là. Et tant qu’il fait pas mal, pas de raison de l’enlever. Bref, je digresse, et d’ailleurs, je remarque que j’ai écris « travail » entre guillemets. Mon inconscient doit considérer ce que je fais sur la chaîne Stardust comme un truc pour passer le temps, ou je fais semblant de travailler et qui ne peut pas être considéré comme un travail car il ne paye pas le loyer, et que je n’ai pas de patron. Je sais pas. Peut-être aussi parce qu’on rigole plus de ce « travail » qu’on ne le considère pas comme un travail. Mince, je fais quoi alors?

Assez souvent, à défaut du traditionnel « vidéaste » ou « youtubeur », on m’a qualifié de « blogueur« . Moi? Blogueur? Je trouve le terme peu pertinent… Peut-être que si on me présentait comme youtubeur, le terme serait trop vu comme « un gars qui filme dans sa chambre et qui rigole devant une caméra comme Norman ». Mais blogueur… On est loin là. Bon, quand on me demande ce que je fais, à défaut de ne rien faire officiellement comme « vrai travail », je dis que je fais des vidéos sur l’espace, ou de la vulgarisation dans le domaine du spatial. C’est plus long que « blogueur » mais ça tient dans un tweet.

Le domaine du spatial, quel domaine! Quand on parle de « domaine du spatial », les gens pensent à quelqu’un qui construit des fusées, ou un astronaute.

En parlant d’astronaute, on m’a récemment demandé de participer à un article dans Le Monde Week End sur Thomas Pesquet. Cet article était écrit par Serge Brunier, qu’on ne présente plus tellement. Son article s’appelle « En direct du studio le plus cher du monde » et donne une image peu flatteuse de Thomas Pesquet, l’ESA, les programmes de vols habités et plus particulièrement l’ISS.

Quand Serge m’a contacté, il a été honnête sur le ton de l’article. Le connaissant et échangeant de temps en temps avec lui sur ces thématiques, je savais quelle « couleur » il donnerait à l’article, et il me l’a confirmé par téléphone. Ne partageant pas sa vision, j’ai tout de même accepté, car c’est aussi ça l’échange. Et je respecte ses opinions. J’ai été très heureux de la brève description qu’il donnait de mon travail. Je suis d’ordinaire assez gêné devant les marques d’affection ou les compliments. Ce fût le cas. J’ai lu tout l’article, en prenant soin de bien observer le fond, et je le trouvais trop court. Thomas Pesquet, c’est l’image la plus fidèle qu’on peut avoir du « domaine du spatial ».

Ce domaine est une sorte de Système Solaire. Vous avez au centre une ou plusieurs étoiles les agences spatiales, qui se tournent autour, se battent ou fusionnent. Elles sont alimentées par des flôts d’argent et rayonnent sur toutes les planètes.

Au plus proche de ces soleils, il y a les ingénieurs, les scientifiques, les gens de l’ombre qui font le spatial. Qui créent, qui inventent, développent, assemblent, vérifient. Ils gravitent autour très vite et le rayonnement des agences les masquent.

Plus loin, la planète des légendes, des « stars du spatial ». Buzz Aldrin, Chris Hadfield, Thomas Pesquet. Cette planète, étrangement, semble elle aussi rayonner. Massive, elle génère de fortes attirances, au point de renvoyer de la matière aux soleils.

Encore un peu plus loin, la planète des communicants officiels. Ceux du CNES, de SpaceX, de l’ESA, d’Arianespace, de United Launch Alliance. Cette planète tourne assez lentement, et l’atmosphère est dense, si bien que les choses sont opaques. Le temps semble s’y dérouler plus lentement. Ils ont des lunes, dont les médias traditionnels, la télé, la radio, la presse.

Au delà, un gigantesque champ d’astéroïdes. C’est les communicants non officiels. Les blogueurs, écrivains, réalisateurs de documentaires, photographes spotters du spatial. C’est là où je vis. On est loin des soleils, leur lumière nous atteint que très peu, il peut y faire très froid. Parfois, on fusionne avec d’autres communicants, parfois certains s’en vont vers la planète des communicants officiels, d’autres ont des orbites qui frôlent un ou plusieurs soleils. On connait beaucoup de voisins astéroïdes, on s’entraide pour vivre dans cette ceinture. Mais si on compare aux planètes ou aux soleils, on semble être de petits corps glacés et sombres, peu dignes d’intérêt.

Derrière nous, des millions de tout petits corps s’affairent. C’est le public dans son terme le plus général. Parmi ces millions de petits corps, on trouve la planète, naine, des passionnés. Et nous, on essaye de leur renvoyer la chaleur des soleils.

J’espère que je ne vous ai pas perdu avec cette métaphore. Il est 2h du matin, pardonnez-moi. Bref, revenons-en à l’article.

Les adjectifs ne manquent pas pour qualifier l’ESA, l’ISS, ou Thomas Pesquet et ses collègues du corps européen. Serge y a mit ton son cœur. Ce qui a pu en blesser d’autres. Mes propos dedans, bien que neutres, n’apportent pas grand chose à l’article, ce qui est normal puisque je suis dans cette « ceinture d’astéroïdes », perdu au fin fond du « système solaire ». J’assume chacun des mots qui vont suivre, et dont certains ont été envoyés à Serge pour son article.

Quand il me demande d’expliquer cet « engouement » envers Thomas Pesquet, je réponds :

C’est du jamais vu, en France. En fait, les astronautes américains communiquent beaucoup eux aussi, mais la population américaine est plus habituée que la nôtre je pense à voir leurs astronautes partir là haut. Pour eux, c’est devenu une routine. Pour le public français, voir un compatriote dans l’espace est quelque chose de bien plus rare. Pour les médias, c’est également le moyen de délivrer des images exceptionnelles de l’espace pour leurs programmes, faites par un français pour le public français. Il y a une composante importante de fierté pour les français, un engouement comparable à celui des britanniques lors du vol de l’astronaute Tim Peake en 2016. Ce dernier d’ailleurs n’avait pas été spécialement médiatisé en France. Les deux vols sont comparables en terme d’engouement national. Les deux astronautes utilisent les mêmes modes de communication et les mêmes techniques : Tim Peake, par exemple, avait organisé un concours musical depuis l’espace, où il fallait deviner des chansons. A gagner, des écussons qui ont volé à bord de l’ISS. Il avait également couru le marathon de Londres depuis la Station. Thomas Pesquet a la même stratégie : Des concours avec des gagnants annoncés depuis l’ISS, la participation à des vidéos, des chansons, des oeuvres caritatives. L’espace fait rêver, donc les médias se l’arrachent. On me parle beaucoup des villes françaises qu’il prend en photo depuis l’espace, sortes de « cartes postales » pour le public, ça a son effet sur les gens. Et j’avoue également que le drapeau français ressort vachement bien sur les EMU! (combi américaine de sortie spatiale)

Et quand il me demande de parler de notre « ceinture d’astéroïdes » et de notre rapport reste du système :

Honnêtement, il est difficile de comptabiliser le nombre de blogueurs ou de vidéastes qui le suivent, car certains le font ponctuellement (lors d’un évènement spécial) ou dans le long terme depuis le début de ses préparations pour Proxima comme c’est mon cas. j’en connais certains personnellement, vu qu’il arrive qu’on se rencontre lors d’évènements (certains se sont déplacés à Baikonour pour son lancement, et au même moment j’étais avec deux blogueuses à la Cité de l’Espace pour la même occasion).

Il y a des groupes Facebook où les « fans » se relaient les informations, d’autres qui tweetent, d’autres qui écrivent des articles sur leurs blogs… et moi je fais de la vidéo principalement. Ma chaîne Youtube parle de l’exploration spatiale, et de son actualité. J’essaie de couvrir les activités de tous les astronautes actifs. J’ai couvert la mission de Tim Peake, de Scott Kelly, et maintenant de Thomas Pesquet. J’essaie de livrer au public le maximum d’informations sur le travail qu’il fait à bord de la station, en dehors de ce qu’on en décrit à la télévision, pour mieux se rendre compte du planning réel d’un astronaute. J’ai fait un live de 8h durant sa sortie spatiale, expliquant au public français ce qu’il était en train de se passer en temps réel. Les internautes sont très curieux de savoir sur quoi travaille Thomas. Ils ne veulent pas seulement des vidéos d’astronaute faisant des pirouettes, ils veulent comprendre la vie dans l’espace, et le travail réel des astronautes.

Le travail des blogueurs et des vidéastes est essentiel pour compléter la communication de l’ESA et des médias sur le sujet. Ces nouveaux moyens de communication ne sont pas utilisés au maximum de leurs capacités, et si nous le faisons, pour la plupart bénévolement, c’est qu’il y a un vide à remplir, et une demande du public.

De nouvelles app, de nouveaux réseaux sociaux et plateformes vidéos se créent en permanence, et aujourd’hui, pour être un bon communiquant il faut connaître Facebook, Twitter, Snapchat, FlickR, Instagram… Des outils que les gens de ma génération utilisent tous les jours, et dans lesquels ils se reconnaissent. Le CNES l’a bien compris, l’ESA commence également à s’y mettre.Notre avantage réside dans le fait que contrairement à eux, nous ne sommes pas des grandes structures. En tant que petits groupes ou individus, notre réactivité et notre capacité d’adaptation sont très rapides. Notre moteur étant la passion, on ne compte pas non plus nos heures!

Aïe. Les communicants officiels. On a besoin d’eux, mais que c’est dur d’être un petit astéroïde près d’eux. Il y en a des sympas, comme le CNES, mais il y en a d’autres. Ils ont besoin de nous pourtant. Mais certains préfèrent nous ignorer, ou nous regarder de haut.

Cela fait un an que je suis considéré comme faisant partie de la « ceinture d’astéroïdes ». C’est flatteur de se rapprocher ainsi dans le système, mais c’est un monde compliqué.

Mon premier contact officiel, ce fût le CNES. Ses communicants. Des personnes géniales, humaines, accueillantes. Puis ce fût la Cité de l’Espace, tout pareil. j’ai ensuite découvert la planète des astronautes avec Patrick Baudry, Sergueï Volkov et Phillippe Perrin. Chaleureux. Mais plus je découvrais en détail ce système solaire, moins je l’aimais. Quelque chose ne semblait pas tourner rond.

La passion de créer fonde le projet de réalisation, la passion d’aimer fonde le projet de communication, la passion de jouer fonde le projet de participation. Dissociés, ces trois projets renforcent l’unité répressive du pouvoir. Raoul Vaneigem

Je suis vidéaste, ou youtubeur. Peu importe le terme, je fais principalement de la vidéo. Des images animées. Je parle d’un sujet qui nous dépasse en terme d’altitude, et de budgets aussi. Mais pour en parler, il faut du concret, si l’on veut toucher les gens. Ce n’est que si un humain pose à côté d’un premier étage de Falcon 9 qu’on se rend compte de sa taille par exemple. Il faut constamment comparer les échelles, essayer d’expliquer les choses pour que le cerveau arrive à les percevoir. Dans cette optique, je me lançais donc avec un objectif : Limiter la technique appelée « face cam » au maximum. Et pour parler du spatial, laisser parler les modèles à l’échelle, les pièces de musée, les professionnels. Pour faire ce « travail » (saletés de guillemets), il me fallait être en contact avec toutes les planètes du système. Et les étoiles. Et le portrait de famille parfois rempli de déceptions.

J’avais vu, avant de me lancer, cette vidéo :

C’est la vidéo qui m’inspire le plus, dans laquelle je me reconnais. Elle montre toutes les facettes du système dans la façon idéaliste : Des ingénieurs, des astronautes, un vulgarisateur sur Youtube, des expériences et des modèles à l’échelle. C’est mon Everest. C’est l’image que je veux donner d’un système qui ne marche pourtant pas comme ça.

Pour
ESA
Planète des communicants officiels,

Cher communicant,

Je t’écris aujourd’hui car j’ai vu ton portrait dans Le Monde, sur ton travail et ta place dans notre système solaire. Tu me connais peu mais vais tenter de me présenter à toi. Je suis un petit astéroïde qui gravite dans les environs. J’essaie de faire rayonner nos étoiles avec toute ma force.

Récemment, j’ai eu l’occasion de croiser ton chemin, celui de l’ESTEC, et quelle belle rencontre ce fût. Puis il y a eu d’autres rencontres, plus décevantes.

Vois-tu, tu sembles considérer les astéroïdes que nous sommes comme des poussières dont on peut extraire de l’énergie gratuitement, sans trop d’effort. Je pensais au début que nous étions pour le coup considérés comme importants pour toi. Et que nous aussi, on pouvait compter sur toi. J’ai donc eu l’idée de faire appel à toi pour des projets sérieux, d’imaginer des collaborations et de travailler main dans la main, à l’image de la vidéo plus haut. Je me trompais.

Il y a de bonnes personnes qui te composent. Juan, Ninja, Paul ou Brigitte. Puis il y a les autres, tes mauvaises bactéries, celles qui te font avoir le nez qui coule. En tout cas, je les considère comme telles. Ce n’est pas parce que tu refuses mes demandes que je t’en veux tu sais. C’est plutôt le « pourquoi ». Tu ne nous considères pas comme faisant partie du système solaire. Tu ne vois pas en nous des astéroïdes importants du système. Voilà pourquoi je t’écris, pour te dire que tu as tort.

Pour toi, seules tes lunes comptes, la télé, la radio, la presse écrite. Mais nous sommes là nous. Certains de nos astéroïdes sont plus massifs que certaines de tes lunes. Mais tu nous ignores et refuses de nous reconnaître.

J’ai encore l’espoir que cela change mais j’en doute.

Cordialement

Vincent, astéroïde vidéaste.

Est-ce que les vidéastes, les blogueurs, les médiateurs sont des médias dignes d’être considérés au même titre que les médias traditionnels? Oui je pense. Comme les médias traditionnels – et j’entends par là, pour citer l’ESA, des « détenteurs de cartes de presse » – Nous avons une audience. Nous avons une ligne éditoriale. Des avis personnels aussi. Comme eux nous touchons un très vaste public. La communication est une machine qui évolue, qui se met à jour en permanence. Et vous semblez avoir oublié ça.

Le défi de la communication est moins de partager quelque chose avec ceux dont je suis proche que d’arriver à cohabiter avec ceux beaucoup plus nombreux dont je ne partage ni les valeurs, ni les intérêts. Il ne suffit pas que les messages et les informations circulent vite pour que les Hommes se comprennent mieux. Transmission et interaction ne sont pas synonymes de communication. Dominique Wolton

C’est aussi une machine très difficile à utiliser. Si on est pas habile, tout se met à capoter. Et en regardant, de ma petite position, votre manière de la manier, je suis quelque peu déçu. Ne soyez pas étonnés qu’un tel article sorte. Je ne dis pas que je fais mieux que vous, étant donné que nos objectifs ne sont pas les mêmes. Ma communication n’a donc pas le même but. Mais je trouve cet article de Serge Brunier totalement réaliste sur le thème de la communication, et même un peu gentil.

La communication consiste à comprendre celui qui écoute. Jean Abraham

Vous pouvez penser que cet article ne sert pas vos objectifs, mais votre pensée suivante doit être un questionnement : « Que puis-je faire pour améliorer ma façon de communiquer ». Et c’est là que nous, les astéroïdes, on peut vous être utiles. Nous avons des ressources inimaginables, portées par la passion. Ce qu’on veut, c’est simple : Parler de ce qu’on aime. Et ce qu’on aime, c’est l’Espace. L’Univers, la conquête spatiale, ses défis, sa grande histoire, ses réalisations et retombées. Plutôt que de nous encourager, et de collaborer afin de vous aussi en tirer une bonne image, une bonne communication, vous semblez nous ignorer et nous grouper, de façon assez sommaire, sans trop de considération.

Ce que le public te reproche, cultive-le : c’est toi. Jean Cocteau

Prenons un exemple au hasard (vraiment) : Un article « journal de bord » de Thomas Pesquet a été posté sur le site Francetvinfo il y a moins de 24 heures. Il expose les photographies de Thomas Pesquet et ses secrets de fabrication. A l’heure où j’écris ces lignes, il compte 228 partages, et aucun commentaire. Je ne sais pas combien de gens ont vu l’article, mais faisons une petite comparaison.

Certains journalistes parlent d’un livre sans l’avoir feuilleté par conscience professionnelle afin de se trouver dans les conditions exactes d’ignorance du public auquel ils s’adressent. Philippe Bouvard

Si l’on compte le Sense of Wonder, Astronogeek, I Need Space, Dimension, Scicos, Lanterne Cosmique, Florence Porcel et ma chaîne, on compte 3 894 385 vues sur nos vidéos. Certains d’entre nous relaient vos actualités, font de la vraie médiation scientifique. Les gens aiment ça et nous en demandent plus. Et on se donne au maximum. Et aucun de nous n’en vit pleinement.

Prenons ma chaîne. Je n’en prends pas une autre car c’est la mienne dont j’ai le plus de données. En un an, plus de 600 000 vues sur plus de 110 vidéos, une audience de près de 20 000 abonnés, et chaque vidéo est maintenant vue des milliers de fois en quelques heures. Je n’en vis pas, mais travaille dessus en permanence. Le « travail ». Est-ce normal que cette audience et cette communication qui plait et que les gens demandent soit du fait de personnes comme moi? Non, mais si on le fait c’est d’abord parce qu’on est passionnés par le sujet, mais aussi parce que sans nous, il n’y a rien. Pourquoi dans ce cas, ne pas nous ouvrir vos portes? Nous aider dans notre démarche? Vous me demandez une carte de presse, vous êtes sérieux? En quoi un animateur d’une radio nationale, ou un magazine de presse spécialisée est plus légitime qu’un médiateur/vulgarisateur sur Youtube? Par comparaison, parlons chiffres : En 2010, le nombre d’abonnés de Ciel & Espace était de 16 000 personnes. C’est moins que 5 des chaînes Youtube citées plus haut. Le Sense of Wonder à lui seul en a même de 3 fois plus! Et non seulement on apprend des choses concrètes aux gens, mais en plus on les informe.

Pourquoi le public va-t-il à un spectacle plutôt qu’à un autre ? Parce qu’il suit la foule ! Henri Jeanson

Je peux comprendre votre réticence, car il y a des chaînes peu recommandables sur Youtube, mais comme le public, vous êtes assez intelligents pour faire la différence non? Est-ce si compliqué de considérer certains d’entre nous comme des médias de confiance et avec un potentiel pour votre communication?

Le public ? Il a toujours été comme un troupeau : en quête de bons bergers et de bons chiens, et allant toujours là où le menaient les bergers et les chiens. Anton Tchekhov

Chère ESA, toi que j’aime tant, toi que j’aimerais tellement mieux connaître à l’instar des autres agences, tu m’attristes un peu plus chaque jour, mais je continue à te soutenir aveuglément comme un amoureux. Cet article dans Le Monde, même rédigé par une personne qui ne soutient pas le vol habité, est une des conséquences de vos décisions de communication et de médiation. Mais il y en a d’autres. Des pires.

La communication d’aujourd’hui sort des tripes, pas des neurones. Jacques Séguéla

L’exploration spatiale n’est pas énormément enseignée à l’école. Je ne peux pas leur en vouloir, vu comme elle communique sur le grand public. Les agences ne font pas ce qu’il faut pour atteindre le public autre que spécialisé. Si on part de zéro, on est presque dissuadé de s’y intéresser tellement le milieu parait inaccessible. Pire encore, cela peut faire naître des hostilités, des soupçons, des théories du complot, ou tout simplement de l’erreur dans l’esprit du public. Et la communication opérée par l’ESA, comme d’autres agences, est en partie la cause de ça.

La solution? On en fait partie.

On représente une jeunesse qui n’a pas connu les premiers pas sur la Lune et qui « rêvons de rêver« , comme l’ont fait nos parents ou grands-parents. Pas besoin d’annonces spectaculaires pour ça, ou de jolis cartoons de robots. Mais on connait notre environnement, le web. Comme disent les personnes plus âgées, « on a grandi avec », et on l’utilise naturellement, c’est pour ça qu’on le maîtrise si bien. On est aussi des bocaux regorgeants d’idées, et on vous le prouve sans cesse. Il y a le « meilleur » comme le « pire » sur Youtube ou les blogs, et tous ont une audience. Pourquoi ne faites-vous pas en sorte de soutenir le « meilleur » pour limiter le « pire »?

Une bonne communication est aussi stimulante qu’une tasse de café et empêche aussi bien de dormir après. Anne Lindbergh

Il est 4h du matin, je devrais dormir au lieu d’écrire tout ça. Au lieu de ça, je suis en direct du « Studio le plus cher à mon coeur », mon salon, mes posters de votre agence, les maquettes de navettes, ma caméra, mon ordinateur. En tout, un budget de quelques milliers d’euros. Moins que le coût de fonctionnement d’un service similaire dans une agence de comm ou celui d’un média spécialisé. Un studio qui me sert de base, mais qui n’a pas vocation d’être le centre de ma communication. Je veux tourner chez vous. Et vous me le refusez car je ne suis pas un média digne d’intérêt. Quel dommage pour vous. Quelle perte de temps et d’énergie pour moi, en voyant tous ces mails et demandes formulées. Quelle déception pour mon public, qui est indirectement le vôtre, et qui regrette votre manque de coopération, alors que ce mot est celui que vous prônez depuis tant d’années.

J’espère sincèrement que malgré ce billet, vous comprendrez que derrière ces mots, il y a une personne, qui dévoue du temps à un projet difficile, uniquement propulsé à la passion, et qui est fortement blessée de voir une organisation telle que la vôtre nous ignorer et nous sous estimer au lieu de nous soutenir, nous aider, et user de tout le potentiel que l’on représente.

Bien à vous,

Un « astéroïde ».

 

Article base : www.lemonde.fr/m-gens-portrait…
Article cité : www.francetvinfo.fr/replay-rad…

Chaînes Youtube citées :
Stardust
Astronogeek
Le Sense of Wonder
Dimension
Scicos
Lanterne Cosmique
I Need Space
Florence Porcel

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D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été passionné par l’espace. Pour certaines raisons, je n’ai pas pu en faire mon métier. J’ai été développeur web, chef de projet web, superviseur et chef d’équipe chez SFR, parachutiste, réalisateur de vidéos et documentaires, et me voilà aujourd’hui Médiateur Scientifique au Planétarium de Vaulx-en-Velin. J’ai toujours aimé communiquer sur mes passions : l’espace, l’aviation, le parachutisme, le base jump… et pour pouvoir transmettre ces amours, mon tempérament autodidacte m’a poussé à m’auto-former à la vidéo, un média qui pour moi est le plus efficace à l’heure d’Internet. J’ai lancé ma chaîne Youtube après deux ans d’hésitation. En un an, j’ai produit plus de 100 vidéos, où je raconte l’exploration spatiale, l’astronomie, les faits marquants, les découvertes, et je fais des revues hebdomadaires de l’actualité spatiale.

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